QUELQUES PERSONNAGES DE LA MYTHOLOGIE BASQUE

Bibliographie : Légendes et Récits populaires du Pays Basque - Jean-François CERQUAND - Editions AUBERON

Dictionnaire Illustré de la Mythologie Basque -José Miguel de BARANDIARAN, traduit et annoté par Michel Duvert - Editions ELKAR

Extraits issus d'un travail de recherche de l'association LAUBURRU. Michel
DUVERT - Claude LABAT - LAUBURU BP 314 64103 BAYONNE cédex

Christianisés très tardivement, les Basques adoraient les forces naturelles comme le Soleil, la Lune, l'air, l'eau. Les montagnes, les forêts prennent des formes humaines.
Deux forces dominaient la nature et conditionnaient la vies des hommes: le Soleil "Egu" ou "Ekhi" qui chassait les forces des ténèbres (la croix basque serait un symbole solaire) et la Lune, "Hil" ou "Ilargia", qui surgit du monde occulte, de l'obscurité et de la mort et qui est souvent représentée avec une hache et les instruments de la fileuse.
Mais le Soleil et la Lune sont les deux enfants du personnage principal de la mythologie basque : Mari, divinité féminine, qui est "la Nature". La religion chrétienne l'a d'abord rejetée ; ensuite elle fut confondue puis assimilée à la Vierge Marie lors de la christianisation.
Des êtres intermédiaires entre hommes et dieux, les "Basajaunak", velus et terriblement forts, sont des génies bénéfiques qui protègent les troupeaux et détiennent les secrets de l'agriculture.
Les "Laminak";, ont de bons rapports avec les mortels et les aident souvent en échange d'une récompense à bâtir rapidement un édifice.

BASAJAUN, « le seigneur sauvage », « le seigneur de la forêt »

Beaucoup de gens admettent que l'on désigne ainsi un génie, qui, dans de nombreux cas, habite au plus profond des bois et d'autres fois, dans des cavernes situées en des lieux élevés. Il a un grand corps de forme humaine, couvert de poils. sa longue chevelure tombe devant jusqu'aux genoux ; elle lui cache le visage, la poitrine ainsi que le ventre. Un de ses pieds est comme celui des humains, l'autre a une forme circulaire.

C'est le génie protecteur des troupeaux. Quand un orage s'approche, il crie dans la montagne, afin que les bergers rentrent leurs troupeaux. Quand il y a un parc à moutons dans l'endroit où il se tient, ou dans son voisinage, il veille à ce que le loup ne s'approche point. Les brebis annoncent sa présence en faisant entendre toutes, et de façon simultanée, la musique de leurs sonnailles. Les bergers peuvent alors aller se reposer tranquilles, car ils savent que pendant cette nuit ou cette journée-là, le loup ne viendra pas les inquiéter.
On présente parfois BASAJAUN sous les traits d'un être terrifiant, de caractère malveillant, doté de forces colossales et d'une extraordinaire agilité. Dans d'autres récits populaires, il apparaît comme le premier agriculteur ; c'est auprès de lui que les hommes obtinrent par ruse la semence du blé et apprirent la culture ; il fait également figure de premier forgeron, de premier meunier, c'est à lui que l'homme vola le secret de fabrication de la scie, de l'axe du moulin, de la technique de la soudure des métaux.

BASAJAUN ET LES VACHERS
Autrefois, il y avait à Estérençuby, sur la frontière d'Espagne, quatre vachers, l'un desquels était un jeune garçon. Lorsqu'ils étaient endormis, dans leur cabane venait se chauffer BASAJAUN, le seigneur sauvage. Et quand il s'était chauffé, il mangeait de leur nourriture. Les bergers recevaient un pain et d'autres mets, et en laissaient un morceau tous les soirs, la part de BASAJAUN.
Une nuit, voyant que la part n'avait pas été faite, le petit garçon dit :
« - Où avez-vous la part de BASAJAUN ?
- Donne-lui la tienne si tu veux, lui répondirent les autres. »
Le garçon laissa sa part sur la planche habituelle. Le seigneur sauvage arriva comme à l'ordinaire. Après s'être chauffé, il mangea la part du petit garçon. Bien réchauffé et repu, il partit, emportant les vêtements des vachers, sauf ceux du petit garçon.
Cette nuit-là, il neigea très fort. Le lendemain matin, les vachers, ne trouvant pas leurs vêtements, dirent au garçon :
« - Va chercher nos vêtements.
- Moi ? Non.
- Va, nous t'en prions.
- Quelle récompense me donnerez-vous ? »
Ils avaient une mauvaise génisse et la lui promirent.
Le garçon part, et en arrivant à la citerne où était le seigneur sauvage, il cria :
« BASAJAUN, donnez-moi les vêtements de mes camarades.
- Tu ne les auras pas.
- Je vous en prie, donnez-les moi ; ils m'ont envoyé les chercher.
- Que te donne-t-on pour ta peine ?
- Une mauvaise génisse.
- Prends-les donc, et prends aussi cette baguette de coudrier. Marque ta génisse et donne-lui cent et un coups, le cent unième plus fort que les autres. »
Le garçon fit ce qu'avait dit BASAJAUN. Il donna à sa génisse cent et un coups, et après un court espace de temps, la génisse lui produisit un troupeau de cent et une belles bêtes.

LE CHANDELIER DE SAINT SAUVEUR
II y a sept ou huit cents ans que Mendive ne possédait que les maisons Lohibarria (vallée de boue) et Miquelaberroa (haie des Miquels).
Un jour, le valet de ferme de Lohibaràa surnommé Hacherihargaix (renard difficile à prendre), alla chercher des vaches à Galharbecc Photcha (rocher de Galharbe). Là, il rencontra une dame sauvage (Basa Andere), qui avait nettoyé le chandelier, et se peignait avec un peigne d'or. Il se dit qu'il devait ravir ce beau chandelier. Deux fois il le prit ; mais la dame sauvage l'ayant aperçu, il dut le laisser deux fois. La troisième fois il la trompa et partit emportant le chandelier. La dame sauvage, aussitôt qu'elle s'en aperçut, appela son père à grands cas.
Basa Jauna était à la noce à Béhorlèguy Mendi (montagne de Béhorléguy) ; il arrive en deux sauts et poursuit Hacheàhargaix jusqu'à Saint-Sauveur. En arrivant à Saint-Sauveur, Hacheàhargaix s'écria : "Saint.Sauveur ! je vous apporte un beau cadeau."
Aussitôt la cloche de Saint-Sauveur commence à sonner d'elle même. Alors le seigneur sauvage dit à Hargaix :
"Bien te prend que cette mauvaise sonnaille ait sonné, sans quoi je t'aurais dévoré. La première fois que je te rencontrerai à jeun, je te dévorerai."
A quelque temps de là, après avoir battu du froment, Hacherigaraix alla un matin à jeun chercher ses vaches. En arrivant à la broussaille de Sohachipia (petite prairie), il aperçut le seigneur sauvage et se rappela sa menace. En se grattant la tête, il trouva quatre grains de froment dans ses cheveux. Il les mit aussitôt dans sa bouche et les mangea. Le seigneur sauvage disparut et il ne le vit plus. Depuis ce jour, il ne sortait jamais de chez lui sans avoir mangé.
"Le chandelier qu'Hacherihargaix avait ravi à la dame et porté à Saint-Sauveur était jaune comme l'or. Il a été terni dans un incendie allumé par les Espagnols. Alors on voulut le porter à Mendive, mais on n'a jamais pu le faire passer au-delà de col Haritz Kurutche (croix de chêne)."
BASA JAUNA ET LE SALVE REGINA
Lorsque le village de Larrau fut fondé, le pays était couvert de forêts vierges, et le seigneur sauvage venait inquiéter les habitants, leur causant beaucoup de dommages en leurs biens. Alors le curé de Larrau établit l'usage de dire tous les samedis un Salve Regina à l'entrée de la nuit, et par ce moyen on parvint à éloigner le seigneur sauvage.  
                                                     
LES TROIS VERITES (version de Musculdy)
Un automne, les bergers descendent des cayolars d'en haut à ceux d'en bas. Une fois les bergers oublièrent leur gril au cayolar d'en haut. Quand ils voulurent, le soir venu, faire cuire les galettes, ils s'aperçurent que le gril manquait, Comme tous redoutaient Basa Jaun et que personne ne voulait aller chercher le gril, ils convinrent que celui qui consentirait à remonter, aurait cinq sous. L'un deux, dit : " Moi j'irai ." et il s'en alla. Arrivé au cayolar, il trouva le Basa Jaun devant un grand feu, faisant cuire des galettes sur le gril. Le berger, à cette vue, fut très effrayé ; mais le Basa Jaun l'engagea à entrer et à dire ce qu'il voulait. Il répondit qu'il venait chercher le gril.
- Si tu me dis trois vérités, dit le Basa Jaun, je te donnerai le gril et te laisserai partir.
Le berger, après avoir un moment réfléchi, commença ainsi :
- Monsieur, quelques gens disent, quand il fait clair de lune, que la nuit est aussi brillante que le jour ; mais à moi il semble que la nuit n'est jamais aussi brillante.
- Non ; cela est ainsi, c'est vrai.
- Monsieur, beaucoup de gens disent, quand ils ont une bonne méture, qu'ils la trouvent aussi bonne que le pain. Mais moi, je trouve toujours le pain meilleur.
. Tu as raison, cela est aussi vrai.
- Monsieur, si j'avais su vous rencontrer ici, bien sûr, je ne serais pas venu.
- Je te crois, c'est vrai, ça aussi, dit le Basa Jaun ; et puisque tu m'as dit trois vérités, je te laisse aller avec ton gril. Mais je veux te donner un conseil. Ne sors jamais la nuit pour le gain, mais gratis".

 

 

MARI

MARI est une divinité féminine qui est considérée comme le chef ou la reine de toutes les divinités qui peuplent le monde.
Mari se représente de nombreuses fois sous forme d'une dame vêtue de façon élégante ; elle apparaît dans certains récits portant dans ses mains un palais en or. D'autres disent l'avoir vue sous forme d'une femme jetant des flammes.

Mari habite le monde souterrain et en sort, tout comme SUGAAR, par le biais de grottes et gouffres, c'est pour cela que MARI apparaît en de tels lieux plus souvent qu'ailleurs. On croit en général que les demeures de MARI sont richement ornées, l'or et les pierres précieuses y abondent.
On dit parfois que MARI a pour époux MAJU ou SUGAAR. Lorsque les deux se rencontrent, ils déchaînent une furieuse tempête de pluie et de grêle.

Outre les innombrables génies qui sont ses domestiques, dans son antre Mari possède parfois une jeune captive.
La captive s'appelle également Mari. Divers motifs l'ont conduite dans cette condition. Parfois c'est l'exécution d'une promesse ou d'un engagement de sa mère. A d'autres occasions, elle est capturée suite à une malédiction de la mère.

Selon les lieux, on dit que Mari reste assise près du feu en arrangeant sa chevelure, qu'elle file, qu'elle se peigne assise au soleil à l'entrée de sa caverne, qu'elle démêle le fil à l'entrée de sa maison, en particulier quand il fait soleil et que l'on voit de lourds nuages de tempête.

MARI déclenche des tempêtes, tout comme son fils MIKELATS. Dans beaucoup d'endroits, on pense qu'elle sort les vents et les nuages de gouffres pour les envoyer sur les villages.
Le châtiment le plus courant qu'elle fait subir aux habitants des villages est la chute de grêle. D'après plusieurs légendes, afin d'éviter les chutes de grêle et autres maux, on avait recours autrefois à la célébration de messes et à des conjurations à l'entrée de certaines grottes.
On dit que pendant ces orages, Mari est montée sur un chariot tiré par quatre chevaux ; elle sillonne ainsi les airs en pilotant les nuages. Le seul fait que Mari se laisse voir est le signe d'une tourmente proche.

Celui qui va consulter MARI ou qui va lui rendre visite doit se soumettre à certaines formalités. Ainsi,
. il faut la tutoyer
. il faut sortir de la caverne de la même façon que l'on y est entré à savoir que si on entre en regardant devant soi, il faut sortir à reculons en regardant toujours vers la caverne.
. il ne faut pas s'asseoir dans la caverne alors que l'on est en sa présence.
Celui qui pénètre dans la caverne sans y avoir été invité et qui s'empare indûment de quelque objet lui appartenant, celui-là sera puni ou menacé de châtiment.

MARI condamne le mensonge et le vol, l'orgueil et la vantardise, le non accomplissement de la parole donnée, le non respect que l'on doit à tout un chacun ainsi que la non assistance mutuelle. Les délinquants sont punis par la privation ou la perte de ce qui fut l'objet du mensonge, vol, ...
Très souvent MARI châtie les fautes. Elle suscite des états qui nous tourmentent intérieurement. Elle punit également en s'emparant de choses appartenant aux coupables.

Mais MARI sait aussi récompenser ceux qui ont foi en elle et qui s'adressent à elle. Elle peut être également de bon conseil.

« Diego Lopez qui alla persécuter les Maures, fut capturé et emmené en prison à Tolède.
Son fils, Liiko Lopez qui en était très affecté, consulta les gens de son pays sur la manière de s'y prendre pour le délivrer. Ils lui dirent qu'ils ne voyaient pas de solution à moins qu'il aille à la montagne chercher sa mère (la mystérieuse dame de la montagne, Mari, avec laquelle Diego Lopez s'était marié), afin de lui demander conseil, ce qu'il fit, seul, à cheval ; il la trouva tout en haut d'un rocher ; elle lui dit : « Fils Liiko, approche, car je sais bien pourquoi tu viens ». Il se présenta à elle et elle lui dit : « Tu viens me demander comment s'y prendre pour faire sortir ton père de prison ». Il y avait un cheval qui s'en allait seul par la montagne , elle l'appela par son nom en disant Pardal, elle lui posa un mors. Elle recommanda à son fils de ne pas le soumettre à quelque contrainte que ce soit dans le but de lui enlever la selle ou le mors, de lui donner à boire, à manger ou de le ferrer. Elle lui dit que ce cheval l'accompagnerait toute sa vie, que jamais il ne combattrait sans vaincre, et qu'il le chevaucherait et serait le jour même à Tolède devant la porte de la prison de son père ; alors il descendrait de sa monture, et rencontrant son père dans une cour, il le prendrait par la main et faisant semblant de parler avec lui, il l'emmènerait à la porte où se tient le cheval et arrivés là, ils l'enfourcheraient tous les deux, et avant la nuit
seraient dans leurs terres. Et il en fut ainsi."
LA DAME D'ANBOTO
Les anciens disent qu'une jeune fille des environs de Markina s'en alla garder les brebis à Gabaro et, qu'en s'approchant de la caveme, elle y fut enfermée par la Dame d'Anboto qui l'éleva comme une très belle demoiselle : le travail de cette jeune fille consistait à filer sans cesse, et jamais elle ne sortit dehors. La Dame lui apportait de l'extérieur tout ce qu'elle désirait. La Dame lui dit un jour :
"Maintenant tu dois sortir."
Mais la jeune fille ne voulait pas sortir car elle se trouvait bien dedans. Mais quand elle fut enfin prête à sortir, la Dame lui dit :
"Prends donc une poignée de charbon."
"En quoi ai-je besoin de charbon ?" répondit la fille.
Quand elle fut dehors, elle regarda ses mains et vit que tout était de l'or rouge.
LA DAME D'ANBOTO
"Quand j'avais 9 ans je sortis une nuit avec un chaudron plein de châtaignes cuites. Je les sortis de ce chaudron et les mis dans un panier pour les arroser. Je vis alors un flamboiement. Je toumai la tête et je vis alors la Dame d'Anboto qui allait de la grotte d'Anboto à celle d'Alona. La Dame avait un aspect de femme étendue horizontalement dans l'air comme si elle était en train de nager mais environnée de flammes. En la voyant je fis le signe de croix et tout apeuré j'appelai mes parents ; lorsqu'ils arrivèrent ils la virent avant qu'elle ne disparaisse derrière une montagne."
LA DAME D'ORHY
Un jour, un berger découvrit dans un gouffre de la région d'Orhy une femme qui se peignait avec un peigne en or. Elle dit au berger :
"Si, le jour de la Saint Jean, tu me portes sur tes épaules pour sortir de ce lieu, je te donnerai autant de richesses que tu voudras ; mais tu ne devras avoir peur de tien, quoiqu'il arrive."
Le berger promit et, le jour de la Saint Jean, il prit la femme sur ses épaules et commença à marcher. Mais aussitôt, toutes sortes d'animaux sauvages ainsi qu'un énorme serpent qui crachait du feu, sortirent sur le chemin et l'effrayèrent.
AÎors, laissant la femme sur place, il se mit à courir et sortit du gouffre. La femme criait :
-"Malheur à moi, je suis encore ici pour mille ans ! "
LA DAME DE AKETEGI
A la ferme lthurriotz de Mufiloa vivait un couple qui avait une fille très désobéissante, dont l'occupation la plus importante était de peigner sa longue et belle chevelure ce qui l'empêchait de réaliser les tâches dont elle était chargée,
Un certain jour, sa mère l'envoya à la fontaine pour chercher de l'eau. A ce moment précis èclata un fort orage qui fut l'occasion pour la jeune fille de refuser le service. Sa mère déjà fatiguée à force de reprocher sa conduite à sa fille lui dit :
"Eh bien, que les éclairs t'emportent !"
A cet instant la jeune fille fut enlevée et disparut de la vue de sa mère. Presque au même instant, un berger qui faisait paître son troupeau près de la grotte de Aketegi, vit entrer dans la grotte avec un grand bruit, un mystérieux fantôme humain dont tout le corps lançait des appels.
On croit qu'il s'agit de cette fameuse jeune fille reniée par sa mère et qui depuis habite cette lugubre caverne. Il est fréquent de la voir passer en direction de Aralar et de Anboto sous l'aspect d'une faux de feu.
On raconte à Cegama que si quelqu'un l'appelle en disant trois fois "Aketigiko Dama !" elle vient se placer au dessus de sa tête.
On dit également que à Aketegi, Mari fait la lessive les mercredis et cuit le pain les vendredis. Quand elle est occupée à ces tâches un petit nuage blanc fait son apparition au dessus de la grotte.
"CE QUE L'ON DONNE A LA NEGATION, LA NEGATION LE GARDE ! "
Un certain jour, tandis qu'il faisait paître ses brebis à Murumendi, un berger sentit la soif le gagner et il commença à cheminer à travers la montagne pour trouver une source afin d'étancher sa soif.
Dans sa recherche, il parvint à l'entrée d'une grotte. Il vit là une jeune fille élégamment vêtue.
" Que cherches-tu homme ?" lui demanda-t-elle.
"Mademoiselle, je cherche de l'eau pour calmer ma soif."
" Eau ? Tu veux dire cidre ? "
A cet instant, la jeune fille lui présenta une jarre pleine de cidre et lui donna à boire.
"Très bon cidre, dit le gerger quand il l'eut goùté, avec quelles pommes est-il fait ?"
" Avec celles qu'a niées Monsieur Montes de lkastegieta."
Le berger resta émerveillé. Avec ces quelques mots, l'élégante jeune fille lui avait laissé entendre que le cidre avait été fait avec les pommes dont l'existence avait été niée par son maître.

 

MIKELATS et ATARRABI


Mikelats et Atarrabi sont les fils de Mari.
Mikelats est un être maléfique, son frère aîné, Atarrabi, est son signe contraire et incarne le symbole du bien moral.
Atarrabi devint le gardien d'un village et le curé d'une paroisse.
Mikelats voulut détruire les champs de blé de cet endroit ; mais répliquant à sa force magique, Atarrabi lui opposa la prière, c'est ainsi qu'il sauva les récoltes des siens.
Avec Mari, Mikelats met en forme les orages et conduit les averses de grêle qui affectent les troupeaux et détruisent les récoltes.
Mikelats et Atarrabi firent leurs études dans l'école du diable, une caverne.
A la fin de leur scolarité, l'un des écoliers devait demeurer pour toujours au service du diable. Ils tirèrent au sort et c'est à Mikelats qu'échut le sort de rester, cependant Atarrabi prit son frère en pitié, en effet ce dernier était tourmenté, il restait là, dans son coin, comme s'il était déjà l'esclave du diable. Il prit donc sa place.
Le diable obligea Atarrabi à tamiser la farine qu'il avait dans ses réserves bien garnies : c'était un travail sans fin car le son, comme la farine, passaient à travers les mailles. Le diable, qui n'avait sûrement pas une confiance démesurée en son disciple, lui demandait continuellement : « Où es-tu Atarrabi ? »
Et Atarrabi devait répondre : « Je suis ici »,
Atarrabi apprit au tamis à répondre lui-même : « Je suis ici », chaque fois que le diable posait sa question. Un jour, le diable se trouvait éloigné dans un recoin de son antre. Atarrabi commença à sortir de ce lieu en marchant à reculons, alors que le tamis se chargeait de répondre le classique « Je suis ici ». A peine avait-il mis un pied au dehors que le diable le vit. Il fit un saut mais trop tard : Atarrabi était déjà dehors, hors de portée de la juridiction de son maître.
Seule son ombre s'étendait encore dans la caverne, c'est elle que le diable captura. Atarrabi vécut donc sans ombre. »

 

LAMINAK   (on dit "un lamin" ou "lamina", et, au pluriel "laminak")


Dans la plupart de mythes se référant aux Laminak, ces derniers sont dépeints sous la forme d'un génie d'aspect humain mais qui aurait les pieds comme des pattes de poule, de canard, de chèvre ou autre. La plus grande partie des légendes qui les mettent en scène précisent qu'ils sont de sexe femelle. En Soule, on dit que selon leur sexe, leur nom est Lamina (femelle) ou Maide (mâle).
Lamin se rapporte rarement à un génie spécifique mais désigne, dans la plupart des cas, tous les êtres qui vivent dans les grottes, les lits des rivières, les puits ou les châteaux abandonnés.
Les Laminak s'occupent essentiellement en faisant la lessive ou en se coiffant avec un peigne qui leur est souvent volé et qu'elles réclament avec forces menaces.
Les Laminak réclament des offrandes, si un paysan leur laisse de la nourriture au bord de son champ, elles la mangent ; et pour le remercier elles labourent la terre ou terminent la besogne qui n'est pas achevée.
Dans leurs relations avec les humains, la Lamina se prend généralement d'amour pour un jeune homme de son voisinage (ce thème se retrouve dans plusieurs légendes).
La Lamina réclame souvent de l'aide humaine : elle demande l'assistance d'une femme pour accoucher ; et l'on retrouve ce genre de récits dans de nombreux endroits du Pays Basque, comme à Esquiule, Lacarry, Saint Pée, ...
D'autres fois, la Lamina demande à un homme qu'il la sorte de l'antre dans lequel elle se trouve prisonnière.
A l'inverse, ces génies rendent service aux êtres humains en leur donnant de l'or ou en construisant des ponts (Licq Athérey), des églises (Espès Undurein), des maisons, des châteaux (Ordiarp), ...
Un autre aspect concerne la lutte entre les hommes et les génies.
Finalament, l'homme réussira à chasser les Laminak par la religion, avec les prières publiques et des litanies.
Il est fréquent d'entendre également que les Laminak furent chassés par « Eibar », c'est-à-dire par les armes à feu fabriquées dans la ville industrielle.
Enfin les Laminak ont laissé des traces dans la toponymie, comme Lamindania (un moulin à Lacarry), Laminenziluak (grottes de Camou Cihigue), ...
A Lacarry les Laminak avaient l'habitude de venir à la maison Bustanogia, or une nuit, une de ces Laminak vint trouver la maîtresse de maison parce que l'une d'entre elles était en train d'accoucher et comme elle avait quelques difficultés, elle avait besoin d'aide.
La femme lui répondit qu'elle acceptait de les aider à condition qu'elle avertisse son mari. Celui-ci dit à la Lamina :
« Je veux bien que ma femme parte vous aider, mais ramenez-la moi exactement ici. »
La Lamina fit monter la femme sur ses épaules et la transporta dans un gouffre profond. La maîtresse de Bustanogia aida la Lamina à accoucher. Ensuite les Laminak lui offrirent à souper mais elle lui demandèrent de ne rien emporter chez elle. Cependant, devant la blancheur du pain des Laminak, la femme ne résista pas. Elle en cacha un morceau dans son corsage afin de le montrer chez elle.
A la fin du repas, les Laminak lui demandèrent ce qu'elle désirait en remerciement : un pot de miel ou un pot de beurre ? La femme répondit qu'elle préférait le beurre car il rendrait de meilleurs services que le miel. Les Laminak insistèrent pour qu'elle prenne le miel car il était bien meilleur. Mais la femme dit qu'elle préférait quand même le beurre. Alors les Laminak lui dirent :
« Tu trouveras ta récompense, demain, dans ton armoire ! »
La Lamina voulut reprendre la femme sur ses épaules mais elle ne put la soulever.
« Tu as pris quelque chose d'ici ! »
« Non, je n'ai rien pris » répondit la femme.
« Oh que si ! »
Alors la femme lui montra le morceau de pain.
« Tu dois le laisser ici, sans quoi je ne pourrai pas te ramener chez toi. »
La femme laissa le morceau de pain blanc et remonta sur les épaules de la Lamina. Elle retourna chez elle. Le jour suivant, elle trouva dans l'armoire le pot de
beurre plein d'argent. Si elle avait choisi le pot de miel elle l'aurait trouvé rempli d'or.
LE LAMINA RAVISSEUR ET DECU (version d'Aussurucq)

Marguerite Berterreix, de Cihigue, gardait ses brebis sur la montagne lorsqu'un lamina parut, la jeta sur son dos et l'emporta dans la grotte laminateguia, sans faire attention à sa résistance, ni à ses prières, ni à ses cris désespérés.
La nuit venue, ses parents s'inquiétèrent de ne point la voir rentrer. Dès le matin suivant, ils se mirent à sa recherche avec leurs voisins, pensant qu'elle était tombée dans quelque précipice. Mais leur recherche ayant été vaine, ils rentraient chez eux, harrassés, quand un mendiant qui venait d'Aussurucq leur apprit que, la veille au soir, il avait vu entrer dans la grotte laminateguia un lamina portant sur son dos une fille qui jetait de grands cris. Cette nouvelle accrut le chagrin des parents, parce qu'en cherchant à pénétrer dans la grotte, ils savaient qu'ils s'exposaient à la mort.
Or, dans ce temps-là, il y avait dans le pays des hommes sauvages, nommés Maidac, beaux, grands et riches que Roland chassa plus tard ; et toutes les semaines, sur la lande de Mendi, Mairiac et laminak se réunissaient pour assister à quelque spectacle.
Marguerite Berterreix était depuis quatre ans dans la grotte, nourrie par les laminak, entre autres bonnes choses, d'un pain blanc comme neige. Elle avait un fils âgé de trois ans.
Un jour que les laminak se divertissaient au spectacle avec les Mairiac, elle dit à son fils :
" Reste un moment sans faire de bruit, je reviendrai tantôt." et sortit de la grotte, puis, à toutes jambes, courut à la maison.
Ses parents eurent peine à la reconnaitre, mais ensuite ils l'embrassèrent bien et songèrent à fêter son retour. La mère seule s'attristait :
" Les laminak, disait-elle, ne tarderaient pas à venir pour chercher Marguerite, et il était urgent de la cacher."
Tout de suite on alla creuser dans l'étable une grande fosse dont on jeta la terre dehors. On y mit Marguerite ; on couvrit la fosse avec des planches, en ménageant sous la crèche une ouverture pour laisser passer l'air ; on cacha le tout sous la litière, et on rattacha les vaches à leur place habituelle.
La besogne était finie à peine quand les laminak arrivèrent, réclamant Marguerite. Les parents affirmèrent qu'ils ne l'avaient point vue et les invitèrent à visiter la maison. lls le firent et ne découvrirent rien.
Marguerite resta trois jours et trois nuits cachée dans son trou : mais ses parents, craignant la rancune des laminak, prirent le parti de l'envoyer à Paris. Elle n'était pas arrivée au-delà de Tarbes que les laminak étaient dans la maison de Berterreix, recommençant leurs recherches inutiles.
LE LAMINA EN COUCHE (version de Gotein)

A côté de la maison Sorçaburu de Gotein, coule un ruisseau dont la source n'est pas éloignée. A côté de la source, dans une caverne, habitaient les laminak. Un jour, une lamina fut prise de douleurs. La dame de Sorçaburu, qui était sage-femme, fut appelée pour la délivrer. Grâce à elle, l'enfant arriva heureusement. Le lendemain, la sage-femme revint pour emmailloter l'enfant, et quand son travail fut fini, une lamina lui offrit en paiement le choix entre deux pots à feu, l'un couvert d'or, l'autre de miel. La dame de Sorçaburu choisit le pot au couvercle d'or. Alors la lamina lui dit :
"Ah ! tu n'as pas bien rencontré. Le pot au couvercle d'or est rempli de miel, le pot au couvercle de miel est plein d'or."
LE LAMINA EN COUCHE (version de Béhorléguy)

La grand-mère de ma mère était sage-femme à Ahaxe. Une nuit, à une heure avancée, un lamina vint la chercher pour accoucher sa femme. Ma bisaïeule avait grand peur, et consulta son mari, assez embarrassé lui-même. Le lamina la rassura, et, la mettant sur son dos, l'emporta, sans quelle sût comment, au bord du Remous. Il lui fi passer le ruisseau sans se mouiller, et la fit entrer dans une chambre la plus ballante qu'elle eût vue et faite de pierres taillées.
Ma bisaïeule fit son office et déposa l'enfant dans son berceau après l'avoir emmailloté. On la fit manger et bien boire, et on lui donna une grosse somme en paiement. Mais on lui défendit de rien emporter de la maison que ce qu'on lui donnait. Cependant, comme elle n'avait jamais vu de si beau pain et qu'elle le voulait montrer chez elle, elle en mit en petit morceau dans sa poche.
Lorsque la bisaïeule arriva au bord de l'eau avec le lamina, celui-ci lui dit qu'il ne pouvait la faire traverser parce qu'elle avait dérobé quelque chose, Elle avoua qu'elle avait, en effet, mis dans sa poche un petit morceau de pain pour montrer chez elle ce qu'elle avait mangé.
Le lamina le lui fit jeter dans l'eau, après quoi il l'em porta au-delà, comme auparavant, sans se mouiller les pieds, jusqu'à la basse-cour. Une fois posée à terre, ma bisaïeule tourna la tête, et le lamina, d'un coup de couteau, lui enleva un oeil pour la punir de l'avoir volé malgré sa défense.

MOI-MEME (version d'Aussurucq)

Il y a 500 ans, une lamina venait chaque jour demander à la dame de la Maison Errèguè d'Aussurucq, en l'absence de son mari, des croûtes de méture frites dans la graisse, en la menaçant de la battre si elle refusait.
La Dame d'Errèguè, fatiguée enfin de cette contribution journalière, raconta à son mari ce qui se passait. Le mari dit:
" Je veux ôter à la lamina l'envie de venir chez nous."
Puis il se revêtit des habits de sa femme et se plaça au coin du feu, manoeuvrant une quenouille chargée d'étoupe.
La lamina arriva à l'heure ordinaire. Elle examina la fileuse:
" Comment cela se fait-il ? Hier, tu filais si fin, si fin ; et aujourd'hui, tu files gros, gros !
- C'est vrai ; je file de l'étoupe."
La lamina se méfia, ne reconnaissant pas la maîtresse de la maison:
" Comment t'appelles-tu ? dit-elle.
- Je m'appelle Moi-même," répondit l'homme.
La lamina, retroussant ses jupes, s'accroupit devant le feu et demande qu'on lui serve sa pitance habituelle. L'homme dépose sa quenouille, met la poêle sur le feu avec de la graisse. Lorsque la graisse commence à frire, d'un seul coup il la lance sous les jupes de la lamina.
La lamina pousse les hauts cris et se relève avec peine ; elle ne peut plus s'enfuir. Les laminak accourent :
" Qui t'a blessée si méchamment ?
- C'est moi, c'est Moi-même.
- Puisque tu t'es blessée toi-même, souffre toi-même."
Ils l'emportèrent chez eux sans plus et elle mourut dans la grotte qu'on appelle lamina ciloua, à Aussurucq.

LE PONT DE LICQ
Depuis longtemps, les Licquois voulaient un pont sur le gave mais l'endroit étant dangereux, personne n'avait osé entreprendre les travaux. Un jour, ils décidèrent d'en charger les laminak. Ceux-ci acceptèrent, promirent de faire le pont dans la nuit, avant que le coq ait chanté, mais à une condition : ils recevraient en paiement la plus belle fille de Licq. Le marché fut conclu, à contre-coeur, surtout pour l'amoureux de la belle.
Les laminak se mirent au travail, surveillés par le jeune homme qui comprit très vite que le contrat serait tenu et que le pont serait fini avant le chant du coq. Il s'ingénia et finit par imaginer une ruse. Il se dirigea vers le poulailler, ouvrit la porte et, avec ses mains, imita le bruit des coups d'ailes que donne le coq avant de chanter. Ce dernier se réveilla en sursaut et, craignant d'être en retard, lança un sonore "Cocorico !"
Il était temps, les laminak soulevaient la dernière pierre ! Entendant le cri, ils la jetèrent dans le gave et s'échappèrent en maudissant le coq.
Les anciens disent que, depuis, personne n'a pu faire tenir une pierre dans la place vide laissée par les laminak.

 


 

OLENTZARO


Ce nom présente des variantes dans de nombreux endroits du pays : Olentzaro, Olentzero, Orentzaro, Onentzaro, ...
D'après l'historien Isasti de Lezo, au XVIIème siècle on désignait par Onenzaro la nuit de Noël. Olentzaro est une époque de l'année.
Cependant, dans certains villages, on présente Olentzaro sous les traits d'un personnage un peu grotesque qui fait son apparition la Nuit
de Noël. Ailleurs, on dit que c'est un charbonnier qui vit avec sa femme.
C'est un individu sale, noir ; il a une grosse tête, il est glouton, ivrogne, sot, sale, il fume la pipe et tient une hache ou une faucille à la main. Il descend dans les maisons par la cheminée mais ne distribue pas de cadeaux ; au contraire, on éloigne les enfants pour qui il n'est pas un bon exemple.
« Un jour que les gentils s'amusaient au col d'Argaintxabaleta dans la Sierra de Aralar, ils virent du côté de l'orient un nuage lumineux s'avancer vers eux.
Effrayés par ce phénomène, ils appelèrent un ancien (un sage) et le conduisirent à cet endroit pour qu'il contemple le mystérieux nuage et leur dise ce qu'il signifiait.
L'ancien leur dit : « Kixmi est né et c'est la fin de notre race ; jetez-moi dans ce précipice ! »
Ils firent ainsi et, fuyant devant le nuage qui les poursuivait, ils coururent jusque vers l'Occident. En arrivant dans le vallon d'Arratztarran ils se précipitèrent sous une grosse pierre qui, depuis, s'appelle « jentilarri » - la pierre des gentils -.

Ainsi firent les gentils d'après la légende. Cependant, un survivant de cet effondrement collectif se rendit dans la vallée pour annoncer la naissance du christ-Kixmi, ce messager est connu aujourd'hui dans une grande partie de l'Euskal-Herri sous le nom de l'Olentzero. »

LA FIN DES GENTILS : KIXMI
On dit que les Gentils qui vivaient dans la grotte de Leizai virent apparaître dans le ciel une très belle étoile. A sa vue, les Gentil prirent peur et allèrent s'enquérir de ce qui allait advenir en ce monde.
lls firent sortir de sa caverne un vieillard à demi-aveugle, lui ouvrirent les paupières avec une pelle de four et le forcèrent à regarder le ciel, pesant qu'il saurait percer le secret de cette étoile.
Quand le vieillard aperçut cette étoile, il s'exclama :
" Ah, mes enfants ! Kixmi est né ; à présent, nous sommes perdus. Jetez-moi dans ce précipice " !
Les Gentils donnent le nom de Kixmi à Jésus-Christ, ils disent que Kixmi signifie "signe".
Comme il l'avait demandé, ils précipitèrent le vieillard sur des rochers. Puis, quand le christianisme commença à se répandre par le monde, les Gentils s'éparpillèrent et se perdirent.

 

TARTARO

LE TARTARE AVEUGLE (version d'Esquiule)

II y avait une fois un Tartare, géant à figure humaine, d'une force extraordinaire, et n'ayant qu'un oeil au milieu du front. Il n'aimait rien tant que la chair de chrétien ; il en sentait de très loin l'odeur, et chassait toujours les chrétiens qui s'aventuraient dans son voisinage.
Une nuit qu'il était absent, un jeune homme égaré vint à sa porte demander le couvert jusqu'au matin. La femme du Tartare permit à l'étranger d'entrer, mais lui déclara qu'elle ne pouvait disposer que d'une grange où il partagerait, si cela lui convenait, la litière des brebis.
"Oui, volontiers, dit le jeune homme, car je suis fatigué."
Bientôt arrive le Tartare. A peine il a refermé la porte sur lui, qu'il s'écrie :
"Assi qu'ey a car de Christia"
Comme il n'avait pas faim en ce moment, ayant fait son souper de deux brebis, il se contenta de dire au chrétien :
" Demain, je te mangerai pour mon dessert". Puis il s'étendit devant le feu, s'endormit bientôt et ronfla bruyamment.
Que fait alors le chrétien ? Malgré sa peur, il comprit qu'il n'avait rien à ménager, et que le moment était propice pour rendre impuissant son ennemi. Il saisit la broche du foyer, la fait rougir au feu et en perce l'oeil du Tartare. Le géant se lève en rugissant :
" C'est le coup du chrétien, dit-il, il me le paiera".
Il le poursuit à tâtons, mais l'autre se cacha parmi les brebis. Le Tartare, fatigué d'une poursuite sans résultat, imagine une ruse. Il prend une brebis, la met dehors, occupe lui-même la porte et fait passer les autres une à une entre ses jambes, les tâtant toutes soigneusement. Le jeune homme, comprenant le danger, se couvre de la peau d'une brebis, se met à quatre pattes et se glisse au lieu du troupeau. Mais le Tartare était sur ses gardes et l'empoigna. Le jeune homme, lui laissant la peau entre les mains, s'échappe dehors.
Alors le mari et la femme se mettent à sa poursuite. Le pauvre chrétien avait beau courir, il tournait, tournait et revenait toujours au même endroit. La femme du Tartare dit alors :
"Chrétien, mets cet anneau à ton doigt, et tu trouveras ton chemin."
Il prend l'anneau et voilà que l'anneau se met à crier :
" Je suis ici, je suis ici !".
Guidé par la voix, le Tartare commence une poursuite plus assurée, et va saisir le jeune homme. Celui-ci essaye d'ôter l'anneau, mais l'anneau tenait bon. Il coupe alors son doigt et le jette avec l'anneau entre deux roches escarpées. L'anneau cria :
" Je suis ici, je suis ici !"
Le Tartare, suivant la voix, se jeta d'un furieux élan au fond du précipice et s'y brisa.

 

SAMSON

LE FILS D'OURS
Une jeune femme allait de Mendive à Otchagarria d'Espagne. Comme elle traversait la forêt d'lraty, elle fit rencontre d'un ours. Elle eut peur et ferma les yeux. Alors l'ours la jeta sur son dos et l'emporta dans sa caverne.
Un an après la jeune femme eut un enfant ; elle resta alors huit ans sans sortir de la caverne. Tous les matins l'ours sortait et fermait l'entrée avec un quartier de roche. Et après son départ, le petit essayait ses forces sur la roche et tâchait de la renverser. Il disait à sa mère :
"Petit à petit, je soulèverai cela"
Un beau jour il en vint à bout et s'échappa avec sa mère.
Un vacher les recueillit et nourrit le garçon du lait d'une de ses vaches, pour lui tout seul. Le garçon têtait à même. Et il devint bientôt si fort que le vacher et les gens du voisinage craignaient qu'il ne leur arrivât malheur. lls s'entendirent, pour le perdre, avec les bergers d'un cayolar dont les chiens étaient renommés pour leur férocité.
Un jour que le feu était éteint dans la maison, le vacher envoya le garçon demander des charbons allumés au cayolar. Les bergers lâchèrent contre lui les chiens. Le garçon ramassa par terre une branche de fagot et s'en escrima si bien que les chiens s'enfuirent l'un après l'autre, éclopés et hurlants. Les bergers, redoutant sa colère, s'échappèrent du cayolar et le garçon prit du feu à son aise.
Le vacher avait compté que les chiens l'auraient déchiré. Il resta donc stupéfait à sa vue et sentit sa peur redoubler. De nouveau il fit un complot avec ses voisins pour le perdre, quoique l'enfant eût été jusque-là un fidèle serviteur.
Une nuit que les loups rôdaient autour de la borde où les veaux étaient enfermés, le vacher dit sournoisement à l'enfant :
"J'entends du bruit du côté de la borde ; sans doute les veaux se sont échappés ; va les réunir et les faire rentrer "
L'enfant y courut, arracha en passant un hêtre de douze ans et, frappant à droite et à gauche, fit entrer les loups dans la borde. Il en ferma solidement la porte et revint auprès de son maître.
Le maître lui dit :" As-tu fait rentrer les veaux ?
- Oui ! ils sont tranquillement avec les autres ".
Le maître, trompé par son propre artifice, ne perdit pas de temps pour aller voir ce qui se passait dans la borde.
Quant au garçon, il sortit aussi et s'en alla on ne sait où.

 

ROLAND

LA PIERRE ROLAND
Le roi Charlemagne partit en guerre contre les Espagnols, et Roland, que nous regardons toujours comme un autre Samson, l'accompagnait.
lls arrivèrent au pied des Pyrénées.
Alors Roland, dans l'intention d'intimider les ennemis et de faire connaître au loin sa force, voulut tenter un coup extraordinaire. Il monta sur la Magdeleine - c'est une petite montagne auprès de Tardets - saisit un bloc énorme et se disposa à le lancer par dessus les Pyrénées, au milieu des premiers villages d'Espagne. Malheureusement, comme il ramenait son bras en avant, le pied lui glissa sur le terrain humide, ce qui amortit la force du coup.
La pierre tomba en deçà des Pyrénées, au lieu de les franchir. Mais elle alla encore à douze kilomètres de la Magdeleine, jusque sur le flanc de l'Anthoule où elle est restée depuis.
Et vous pourrez voir encore sur le bloc les traces profondes de la main de Roland, qu'on reconnaît bien n'avoir été creusées par aucun instrument.

 

SUGAAR, « serpent mâle », HERENSUGUE


Dans certaines régions du Pays Basque, on dit que Sugaar traverse fréquemment le firmament sous la forme d'une faucille ou d'une demi-lune de flammes, son passage est un présage de quelque tempête. Ailleurs, on dit qu'il se manifeste sous forme de feu, et qu'on ne lui voit ni la tête, ni la queue. Il est rapide comme l'éclair. Les gens disent que c'est un démon.

On pense qu'il habite des régions souterraines. Il en sort par diverses grottes pour revenir en surface.
Comme d'autres génies, SUGAAR punit la désobéissance envers les parents.

Dans d'autres régions, on appelle cet être surnaturel MAJU qui est l'époux de MARI. On raconte qu'il la rejoint tous les vendredis pour s'unir à elle ou alors pour la peigner ces soirées-là.

Le Serpent d'Alçay

« A la lisière du bois de Zouhoure, un pâturage est sur le versant de la montagne Azaléguy, et, au milieu du versant, un antre dominant un abîme.
Autrefois les pasteurs d'alentour perdaient leur bétail et n'en trouvaient trace nulle part. Un jour, un effroyable serpent sortit de l'antre pour aller boire. On vit sa tête à l'eau du ruisseau, et la queue encore près de l'antre. Il attirait les brebis par sa seule aspiration et les engloutissait. Que fallait-il donc faire ?
En ce temps, il y avait à Athaguy un chevalier, cadet de cette maison, qui n'avait peur de rien. Il voulut savoir s'il serait maître du serpent. Il mit une peau de vache pleine de poudre sur sa monture et s'en fut.
Quand il arriva à Harburia, il attacha sa monture à une aubépine. De la crête de la montagne d'Azaléguy, il fit rouler par bonds et par sauts la peau au-devant de la caverne. Ah ! Bien ! Le Bon Dieu lui avait donné l'agilité. Il monta son cheval, comparable à l'éclair, descendit le vallon, et se tourna vers Alçay. Il arrivait au col de Hangaitz, lorsqu'il entendit comme un bruit de cent clochettes derrière lui. Le serpent ayant avalé la peau de vache, la poudre avait pris feu. Il roula en bas du bois d'Ithe, fracassant les jeunes hêtres du bout de sa queue. Par Aussurucq il arriva à la mer et s'y noya. Pour le chevalier d'Athaguy, le sifflement du serpent et le bruit convertirent son sang en eau ; il entra dans son lit et mourut. »
L'HOMME ET LA COULEUVRE
A Ormazarreta dans la montagne d'Aralar un berger avait été faire paître ses brebis. Il trouva le petit d'une couleuvre qui lui paru être un joli animal et il l'emporta dans un sac. Il lui apprit à boire du petit-lait.
Ainsi, tous les jours à la même heure, la jeune couleuvre venait boire le petit-lait.
Durant l'hiver les bergers descendent dans leurs maisons. Mais le berger de Ormazarreta, quand il remontait au printemps venait avec un sifflet et la couleuvre revenait comme avant. Puis le berger vendit ses brebis et ne monta plus à Aralar.
Pourtant, une fois, il remonta à San Miguel de Aralar et en passant par Ormazarreta il dit à ses amis :
"Je peux faire sortir un monstre ici ".
lls commencèrent à se disputer et il sortit le sifflet et siffla, alors apparut une énorme couleuvre. Le berger s'approcha pensant qu'elle ne lui ferait rien, mais quand la couleuvre vit qu'il n'y avait pas de petit-lait, elle l'entoura de la tête aux pieds et l'étouffa.

(Recueilli par J.M. de Auzmendi en 1923 à Ataun)
LE DRAGON DE URDIAN
Dans les environs de Urdian, le Dragon sortait de son antre et mangeait chaque jour une jeune fille. La meilleure fille du village. Il y avait une vieille, un peu sorcière ; elle dit à la jeune fille :
"Prends un petit oeuf et frappe cinq fois la tête du Dragon avec cet oeuf". Puis la sorcière lui procura l'oeuf.
La jeune fille était en train de se peigner à l'entrée de l'antre du Dragon quand un jeune homme apparut et lui dit :
" Que fais-tu ici ? Je dois lutter contre le..."
Le Dragon sortit et ils commencèrent le combat. Le jeune homme dit :
"Ah ! Si seulement je recevais le baiser d'une jeune fille et trois chopines de vin, je dominerai ce monstre..."
Entre temps, la jeune fille frappe cinq fois la tête du Dragon avec son petit oeuf. Au cinquième coup le monstre tombe raide mort.

(Recueilli par J.M. Satrustegui en 1971)

N.B.Dans une de ses publications A.Chaho fait allusion à une légende selon laquelle un coq pondit un oeuf tout petit et le cacha dans un tas de fumier. De cet oeuf naquit Herensuge.
LE DRAGON DES ARBAILLES
Près de Ahuski se trouve la grotte d'Azalegi. Autrefois y demeurait le "herensuge". C'était un serpent à sept têtes. Avec son haleine, il aspirait jusqu'à lui le bétail de la montagne et le mangeait.
Le fils d'un comte de Zaro, d'Alzay, le tua.
Il écorcha un jeune taureau et remplit sa peau de poudre et d'allumettes. Il la cousut, prit un cheval et s'avança avec cette peau-là jusqu'à la parte supérieure de la grotte. Et là se mit à siffler. Puis, quand il se rendit compte que Herensuge commençait à se secouer et à bouger, il jeta la peau. Le serpent aspira la peau avec son haleine et l'avala.
Le comte, alors, retourna en arrière. Et il vit Herensuge en flamme volant à travers les airs vers la mer. En passant par-dessus un bois, celui-ci faucha la cime des hêtres. Le comte mourut de peur.
Herensuge ne reparut plus jamais.

(Recueilli en 1937)
N.B. Une variante raconte que lorsque le Serpent eut avalé la peau de vache, il explosa et fit s'écrouler sur lui la caverne d'Azalegui.

 

BEGUIZKO, « Mauvais oeil »


Au Pays Basque on croit, de façon générale, que des individus sont capables d'émettre par leur regard une énergie mystérieuse pouvant causer préjudice à des personnes, des animaux et des choses se trouvant dans leur champ de vision.

« Un jour, deux paysans marchaient derrière leurs attelages de boeufs. Ils étaient quelque peu distraits, ils blaguaient, lorsque tout à coup l'un d'eux vit venir un homme vers eux ; c'était l'une de ces personnes qui lancent le mauvais oeil sans le vouloir. A l'instant même, il s'écarta de son compagnon et se plaça en tête devant ses boeufs, brandissant son aiguillon au regard du jeteur de mauvais oeil. Mais l'aiguillon ne put résister à la force du mauvais oeil et il fut réduit en morceaux. Cependant, grâce à la rapidité de leur maître et au sacrifice de son aiguillon, les boeufs furent délivrés d'un malheur certain. »
Les amulettes sont un des moyens de se préserver du mauvais oeil. Elles se présentent sous la forme d'un petit sac carré, en toile. Suivant les endroits, elles contiennent une petite feuille de papier où sont écrites des phrases des Evangiles, des bouts de ruban, du laurier, de l'absinthe, des olives, du romarin, du charbon, .... On les porte suspendues à une cordelette.

 

TXEKORGORRI, "Veau Rouge"

Un génie à la forme de veau rouge constitue le thème de quelques mythes basques. Il habite dans certaines cavernes. Ce peut être parfois une statue de veau comme suit : " Enchassée dans un ravin et comme isolée de tout contact avec les autres villages, se trouvait une agglomération qui constitue de nos jours la ville d'Okina; elle semble gardée par trois promontoires s'élançant à l'est, sur la hauteur du même nom. Parmi eux celui qui est situé le plus au nord, à un jet de balle de cette ville, possède sur son sommet une petite esplanade, au centre de laquelle s'ouvre une obscure ouverture circulaire, de quelques deux mètres de diamètre ; cette entrée donne accès à une très profonde cavité, informe et lugubre et dont on ne connaît pas le fond. On l'appelle le gouffre d'Okina. Un bruit sourd, imposant et monotone émane de son sein. A son propos on racontait alors de sombres et mystérieux récits de toutes sortes. On dit que dans les profondeurs du gouffre se cache un veau d'or massif d'une valeur inappréciable. Il est à l'abri de la cupidité des hommes grâce à une cohorte d'êtres diaboliques qui veillent sur lui ... Cette croyance était tellement enracinée dans les parages que personne n'osait s'approcher du gouffre entre deux crépuscules. Il n'en manquait pas un pour assurer avoir vu apparaître, au débouché de l'antre, des animaux aux allures de bêtes fauves, de subtiles divinités enveloppées de manteaux blancs immaculés, et même le Basajaun recouvert de son épais duvet, exhibant ses ongles gigantesques et acérés ; en tant que seigneur des bois, il rendait visite aux gardiens du trésor afin de s'assurer qu'ils accomplissaient bien leur mission ."

 

EIZTARIA, « le chasseur »


C'est la légende du chasseur, qui, en punition de sa passion démesurée, a été contraint à courir sans trêve, montagnes, vallées et plateaux, en compagnie de ses chiens.
Personne ne l'a jamais vu, mais nombreux sont ceux qui assurent avoir entendu dans nos forêts et montagnes son sifflement accompagné du
hurlement triste et monotone de ses chiens.
D'après certains récits, une tempête s'installe pour 15 jours, suite à la nuit au cours de laquelle se sont fait entendre les sifflements du chasseur et les aboiements de ses bêtes.

 

ZAN PANZAR

C'est un personnage grotesque en général représenté sous les traits d'un pantin que les jeunes promènent sur la place du village le mercredi des cendres ; c'est là qu'ils le brûlent. A Sare, Zan Panzar est un mannequin de paille fabriqué par les jeunes le soir du mercredi des Cendres. Ils le promènent dans une charrette à travers les quartiers du village, comme s'il s'agissait d'un convoi funèbre où le mort serait Zan Panzar. Quelques jeunes figurent le deuil et les autres vont de chaque côté de la route tenant des chandelles de résine allumées. Arrivés à la place du village, ils brûlent le pantin. Dans certains villages, Zan Panzar représente un personnage de mauvaise conduite que les jeunes jugent et finissent par condamner pour ses vices et pour son langage blasphématoire.


d'autres légendes encore sur http://abarka.free.fr
plus sur les personnages : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythologie_basque

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